Du bon usage du vieux françois

Cette semaine, nous avons un nouvel ami.
Il s’appelle Christian Estrosi.

Vous savez, c’est ce ministre qui, se présentant aux municipales à Nice, nous assurait urbi et orbi que s’il était élu (suspense insoutenable que l’élection ou non du candidat officiel de l’UMP à Nice, j’en tremble encore), il abandonnerait tout autre mandat et fonction pour se consacrer à 100% à sa ville.

Elu contre toute attente, sans doute grâce à ses qualités exceptionnelles, celui qui s’auto-surnomme le motodidacte abandonna comme annoncé son portefeuille pour se consacrer à sa ville. A l’époque, pour se donner de l’importance, il avait eu cette phrase dont il est bon de rire encore et encore et encore et encore, parce que c’est quand même un super-collector de la mort : « Aucune grande décision nationale ne pourra être prise sans tenir compte de l’avis du maire de la deuxième ville UMP de France ».

(Prenez le temps nécessaire pour vous poiler un bon coup et reprendre vos esprits, je ne suis pas pressé.)

Aujourd’hui, ce bon Christian, sans doute tellement indispensable à la survie de la nation en péril, est Ministre de l’Industrie ET Maire de Nice ET Président de l’agglomération niçoise. Il a dû lâcher, le pauvre chat, la présidence du Conseil Général des Alpes-Maritimes.

En tant que ministre de l’Industrie, il défend actuellement le projet de loi d’ « imprivatisabilisation » de la Poste, et s’amuse à commenter en direct les débats au Sénat sur Twitter, parce que de toute évidence ça l’emmerde. Il doit se dire, « à quoi bon se faire chier à débattre, on a la majorité, on vous emmerde, le texte sera voté, je serais mieux à boire un coup au Negresco ». Jouant à ce petit jeu, il s’est fait gauler et tancer par un sénateur socialiste, comme suit :

Là, même moi dont j’ose espérer que vous avez compris que je suis une racaille socialiste, je trouve ça longuet et pas d’une pertinence totale. Et je pense qu’on aurait largement pu en rester là.

Mais non, Christian, un peu vexé qu’on le reprenne sur son orthographe, a  voulu avoir le dernier mot. Alors, en mode crédibilité totale, 2 jours après, le voilà-t-y pas qui nous explique qu’il a raison d’écrire service publique, sans rire, toujours sur Twitter :

« Petit cours d’histoire orthographique: »Publique »est la première orthographe admise pour l’adjectif quelque soit son genre, c’était d’ ailleurs la seule graphie non fautive jusqu’au 18ème siècle.Au delà »Public »a progressivement évincé »Publique ». source:Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. A chacun ses leçons… »

Alors là Christian, commente te dire que tu atteins des sommets de ridiculitude ? J’ai envie de te dire plusieurs choses, en vrac :

  • Ah, tu parles vieux françois, c’est pour ça, au temps pour moi, je ne te savais pas le Rabelais du 21e siècle, tu es un être éblouissant de finesse et de culture.
  • Christian, tu es gentil, mais aucun d’entre nous n’habite au 18e siècle, donc voilà, on écrit service public, je sais que ce n’est pas une notion qui vous est très familière ni très agréable, à l’UMP, mais c’est comme ça.
  • Tu as mobilisé combien de personnes de ton cabinet pendant combien d’heures, pour trouver cette source qui te permette de moucher la vermine socialo-communiste qui a osé te faire la leçon ?
  • Et enfin, j’ai envie de te dire qu’une chose est sûre : on écrivait peut-être publique, mais QUEL QUE soit son genre, certainement pas « quelque soit son genre ».

Je suis content, au final, car tu me donnes l’occasion d’utiliser mes mots fétiches : cet épisode est pathétique (q,u,e) et grotesque (q,u,e). Et toi aussi.

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9 réponses à “Du bon usage du vieux françois

  1. Christian Estrosi est la preuve qu’on peut être clown sans maquillage.

    Voilà pourquoi j’ai peur des clowns.

  2. J’ai lu l’info, ce matin, dans mon quotidien régional (j’aime bien lire les journaux, surtout au bureau).
    Ce quotidien régional(d’un très grand niveau) se gargarisait de pouvoir nous faire part de cette joute entre Estrosi et Martial Bourquin (sénateur tout rose de notre département).
    Ceci dit, ton billet est bien mieux écrit.
    Me demande même si tu ne devrais postuler chez eux…

  3. Rah, ce billet est remarquable (et je suis contente de pouvoir poster un comm’, parce qu’en musique ça risque pas, j’y entends que pouic).

  4. Pourquoi ne suis-je pas surprise ?
    Pourquoi ça me crispe de ne pas l’être ?
    Pourquoi ?
    Pourquoi ?
    (…)

  5. Petit HS : j’ai fureté dans ton blog, et j’ai trouvé un excellent billet sur David Bowie, que j’aime aussi.
    J’ai été émue en le lisant, parce que je redoute le jour où…:-(

  6. Pingback: Unis pour Ma Pomme « Moi je, je trouve que

  7. Juste une petite anecdote a propos d’Estrosi. J’ai une connaissance qui a travaille dans son cabinet (il a pas choisi, je precise) lorsqu’il etait secretaire d’etat aux dom tom, il parait qu’il etait lamentable et qu’il a pousse l’amateurisme a se planter en public en lisant un discours : y etait ecrit, en notes, « si l’audience reagit de telle facon, ajouter tel point », il a lu le discours + les notes … et est passe pour un gros con !

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