Néologie

Souvent, j’invente des mots.

Par jeu. Pour faire le malin. Parce que les mots qui n’existent pas sont parfois plus beaux que ceux qui existent, même si notre langue comporte de très beaux mots. Et des très laids, aussi, comme biscuit, soulier, anorak, pantoufle, ou encore chandail.

Par hasard ou par erreur, aussi, notamment sur un clavier. En particulier avec cette saloperie d’accent circonflexe trop près du p, qui a donné naissance, entre autres, aux très beaux verbes dégoputer, enchapiner, plapire (comme dans « oh, ça me plapit vraiment beaucoup »).

Ou parce que les mots qui existent sont insuffisants à exprimer certains sentiments, comme devant le lipdaube, par exemple. Dans cet exemple, même « grotesque », pourtant mon mot préféré de l’histoire des mots, parce qu’il va tellement bien avec son sens et qu’il est chargé d’un tel mépris tellement approprié, même « grotesque » ne suffit pas, et on ressent le besoin irrépressible d’une surenchère, et on dit donc énormetesque – non sans avoir pensé à gigantesque appuyé d’un clin d’oeil ou de guillemets dans les airs, mais qu’on n’a pas retenu de peur qu’ils le prennent pour un compliment.

Alors après, le problème, c’est que c’est pas toujours facile à suivre. C’est pourquoi j’ai décidé, dans ma grande bonnitude, de publier un petit lexique auquel vous pourrez vous référer, quand le besoin s’en fera sentir. Il n’est pas exhaustif, et il n’est pas non plus figé. Tous les espoirs sont donc permis, et cette phrase ne veut rien dire.

Abbaminable : degré suprême de la laideur. Se dit de quelqu’un ou quelque chose qui est plus insupportable qu’une chanson d’ABBA, plus laid qu’une tenue de scène de n’importe quel membre du groupe ABBA, ou que l’un des B du groupe ABBA. Pour mémoire, les B du groupe ABBA, Bjorn et Benny, étaient laids comme ça :

Vous conviendrez donc qu’ils étaient très laids, et que l’usage du mot abbaminable doit être réservé à des cas véritablement d’une extrêmitude très extrême.

Débordead : fatigué d’être débordé.

Dégoputer : ce verbe dérivé de degoûter est là encore une forme superlative de son mot parent. Quelqu’un vous dégopute quand il vous sur-dégoûte, idéalement mais pas exclusivement par un comportement de pute. Le terme Pute, et son diminutif Pupute, étant toutefois affectueux, dégoputer peut lui-même comporter une dimension amicale.

Exemple :

– tu aimes quand je te dégopute hein ? je te dégopute bien là ?

– oh oui, j’adore, dégopute-moi encore.

A noter, ce verbe comporte une variante exclusivement utilisable à mon endroit, diégoputer. Vous comprendrez aisément qu’elle ne fonctionne pas du tout avec les Jean-Jacques, ni avec les Stéphane.

Désopilarant : excessivement laulatoire.

Variante : désopilatoire, à privilégier si vous constatez une perte de cheveux et/ou de poils à l’issue de votre crise de rire.

Enchapiner : au sens propre, ce verbe désigne le fait d’enchaîner les aventures sexuelles sur un rythme effréné, ne laissant pas à vos amis le temps de suivre – ce qui peut conduire à des situations embarrassantes, à base de demandage de nouvelles de Sylvie devant Véro (les prénoms ont été changés, en vrai c’est des prénoms de chaudasses à connotation américano-danoise).

– Purée, Jean-Mi, t’enchapines sévère en ce moment, je préfère t’inviter à dîner que de payer tes capotes.

– Je suis pas libre pour dîner, j’enchapine.

Ce verbe comporte également un sens figuré plus poétique, pour rendre hommage aux personnes ayant eu une vie amoureuse trépidante. Si Johnny était mort, par exemple, on aurait pu, dans son oraison funèbre, insérer la phrase suivante :

Comme Gabrielle, il est mort d’amour enchapiné

Monumentable : très très beaucoup lamentable, genre lamentable in a lipdaube way

Monstroplantor : extrêmement monstrueux, et qui fait peur comme une plante méchante.

Monstruyeux : a définitivement remplacé monstrueux, qui n’existe pas. Monstruyyyeux présente de plus l’avantage d’être modulable, le nombre de y indiquant le degré d’horreur. Variante : Menstruyeux, quand il y a du sang.

Patathétique : se dit d’un truc non seulement pathétique, mais fait avec la finesse d’une bintje. Exemple :

Tu as déjà vu un truc plus patathétique que le lipdaube de l’UMP ?

La réponse à cette question étant obligatoirement non, c’est une règle de grammaire, ne me demandez pas pourquoi.

Patathétique s’applique également très bien aux gens qui ne disent que des trucs débiles, et qui ont un nez qui ressemble à une patate. Par exemple, vous l’aurez compris, Frédéric Lefebvre.

Répuputation : réputation de merde, réputation de salope.

Par ailleurs, l’usage des suffixes est très fréquent, en particulier le suffixe -ozor, qui indique l’atteinte d’un sommet.

Je suis défonçozor. J’ai la patatozor. C’est trop la loosozor.

Le comble de l’horreur est donc naturellement « monstroplantozor ».

Ce sera tout pour aujourd’hui, parce qu’il faut quand même du temps et de la pratique, pour assimiler tout ça.

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52 réponses à “Néologie

  1. je suis pas libre pour dipuner

  2. Diego le Magnirifique, mi magnifique, mi mirifique.

  3. ‘tain mais mon angine et moi on a tellement ri…

  4. dipner pardon (comme un diner de nuggets sauce curry ; à ne pas confondre avec Krippner, qui lui est un diner de « paptes » un lundi soir)

  5. Pour compléter la liste, je dirais : bitrange (contraction de bizarre et d’étrange)…
    Est ce que cela peut faire partie de ton petit dico?

  6. Ben Tonton… Y’a trapiner… Ne laisse pas trapiner ton fils, si tu veux pas qui glisse.

  7. Ah, merci Diego, je mleurs de rire.

  8. je validaime cet article.

  9. ça me rappelle un peu un cours au collège sur les mots-valises.

    vive le diegtionnaire!

  10. Ah bon ? Monstruyeux n’est pas la contraction de monstrueux et ennuyeux ?
    Mince…. On m’aurait menti…

  11. Je te propose aussi « bukowskolique », qui picole à la campagne. Exemple : Ce jour-là, j’avais envie de m’envoyer une bouteille de whisky au goulot tout seul dans les bois, oui, j’étais d’humeur bukowskolique.

  12. Philippe de Thrace

    Tant pis pour toi, communaïfte!

  13. Sapitaliste j’adore !!!

  14. L’etymologie-fiction, c’est assez bandatoire aussi

  15. On m’en a sorti un puissant tout à l’heure, et très approprié au maître des lieux…
    Diego San tu te fais poustache? (comprendre pousser la moustache bien sûr)

  16. Il y a aussi « envoyer un sexto »

  17. … ou « jouer du sexophone »…
    oui c’est vrai que comme d’hab, avec « sex » ya sûrement moyen de faire des wagons de mots-valise.

  18. C’est amusant car « dégoputer » je l’interprête comme « dégoter une pute ». Ce qui va entrainer des quiproquos hilarants entre nous diegosan.
    Oui hilarants.

  19. Chouette, je suis dans l’hâttente de la suite (ouais, c’est quand on attend avec impatience)

  20. Chez nous on dit Coldplayisant pour un truc vraiment vraiment chiant…

  21. J’avais lu nécrologie, j’ai fais de la soupe avec le message du sixième sens.Toutes mes sexcuses

  22. Philippe de Thrace

    Mes doigts viennent de me proposer le verbe napitre. « On ne napit pas femme, on le devient »

  23. Philippe de Thrace

    Un nouveau : Interrassant. Comme de la chorégraphie flamande…

  24. intéressant mais harassant ?

  25. Philippe de Thrace

    ou Terrassant. Comme un terrassement. harrassant fonctionne aussi. La néologie n’est visiblement pas une science exacte.

  26. j’ai une tendresse particulière pour le « bisosu » aussi qui arrive toujours à point nommé….

  27. Histoire d’ajouter une pierre à l’édifice :

    Désopliant : se dit d’un trait d’esprit particulièrement rigolol, du genre auquel on voudrait répondre par un petit esclaffement étouffé en mode Versailles – mais qui provoque inévitablement un rire-barrissement dont on a un peu honte.

    Variante : quand on s’appelle Diégo, on peut dire « diégopliant ». Si on s’appelle pas Diégo, on peut dire « diégopliant » aussi, mais c’est moins malin.

  28. Philippe de Thrace

    Une nouvelle proposition de mon clavier vaudou : Tariffiant.
    Se dit du ma facture de téléphone ou de mes impôts locaux. Les symptômes se traitent avec du Valium et les causes avec un héritage.

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