No Sarkozy Day : une vraie mauvaise idée

Suite au récent « succès » en Italie du No Berlusconi Day, succès au sens d’une mobilisation populaire importante, mais entre guillemets parce qu’à part se gargariser de cette mobilisation, ça n’a pas fait avancer le schmilblicco, des internautes français essaient d’organiser un pendant français à cette opération, intitulé No Sarkozy Day dans un élan de créativité sans précédent.

Séduisante sur le papier, l’idée d’un No Sarkozy Day – surtout s’il se répétait tous les jours de toute la vie – est selon moi (et je rejoins en cela une flopée de blogs beaucoup plus influents que moi, qu’on peut difficilement taxer de bienveillance à l’égard du régime : Sarkofrance, Piratages…) bien pire qu’une fausse bonne idée : une vraie mauvaise idée.

Et ce pour tellement, tellement de raisons :

1. Sarkozy n’est pas Berlusconi : ça paraît con à dire, mais il n’est pas inutile de le rappeler. Je déteste tout ce que représente Sarkozy, je déteste sa politique que je trouve dangereuse à de nombreux points de vue, mais désolé, je ne vois pas la légitimité de réclamer sa démission. Jusqu’à preuve du contraire, il applique son programme que je réprouve dans le cadre des lois de la République. Quand ça dépasse, il est censuré par le Conseil Constitutionnel. Il flirte avec les limites, privilégie des intérêts privés, etc, mais vous avez bien regardé Berlusconi les gens ? Berlusconi, lui, privilégie SES propres intérêts et rien qu’eux. Berlusconi est dans le conflit d’intérêt permanent. Berlusconi est poursuivi en justice pour corruption. Berlusconi est soupçonné de collusion avec la mafia. Berlusconi organise des orgies dans sa maison de milliardaire. Ils ne jouent pas vraiment dans la même catégorie. Alors à moins que les allégations de l’avocat des familles dans l’affaire de l’attentat de Karachi ne soient prouvées, je ne vois malheureusement pas motif à démission.

Nous avons affaire à un président élu qui applique peu ou prou le programme qu’il avait annoncé, aussi détestable soit-il. La résistance par la gesticulation n’a ni sens, ni effet (positif, s’entend). La résistance est quotidienne, par la contribution au débat, par la contradiction, par l’exposition de ses travers, de ses erreurs, de ses mensonges, par la préparation d’une alternative, par l’aide à ceux qui souffrent le plus de sa politique.

2. La France n’est pas l’Italie : en Italie, les manifestations de ce type rassemblent traditionnellement des masses beaucoup plus importantes qu’en France (exemple : 1 à 3 millions à Rome contre la guerre en Irak vs. 500 000 à Paris, présumé fer de lance de la mobilisation). En France, on se scandalise beaucoup dans son salon et sur son ordinateur, mais quand il s’agit de se bouger le cul pour aller battre le pavé dans le froid, y a déjà moins de monde. Vous risquez de déchanter. Et le pire de tous les risques d’une telle opération, c’est qu’elle fasse un four et permette à ceux que vous entendez acculer à la démission de continuer à fanfaronner.

3. Je vous invite à vous remémorer l’échec patent de la « journée sans Sarkozy dans les médias », le 30 novembre 2007.

4. C’est se jeter dans la gueule du loup UMP : ce que vous proposez, c’est tendre les deux joues à l’argument fétiche de Frédéric Lefebvre et consorts, à savoir que la gauche n’est capable que d’anti-sarkozysme primaire, ne fait que critiquer, s’opposer pour s’opposer, sans être capable de proposer quoi que ce soit. Copier-coller une opération italienne ne fera que renforcer la portée de cet « argument ». Et en l’occurrence, je ne suis pas persuadé qu’on pourrait leur donner tort.

5. Cela va dangereusement parasiter la campagne des régionales : la gauche aborde ces élections en position de force. Elle gouverne 20 régions métropolitaines sur 22, affiche un bon bilan, a des propositions, et est créditée d’intentions de vote plus qu’encourageantes, qui peuvent même lui permettre de rêver à un grand chelem. En lançant cette opération, vous allez permettre aux sarkozystes de se victimiser, et de détourner le débat des sujets de fond pour le focaliser, je les entends d’ici, sur « les attaques indignes » de « ceux qui veulent abattre un président courageux » sans proposer d’alternative. C’est dangereux. C’est peut-être même suicidaire.

Je pourrais continuer, mais je préfère rester concis pour avoir une chance d’être lu.

Pour conclure, je dirai comme mes sus-cités camarades : le No Sarkozy Day, c’est le 7 mai 2012, dans les urnes. Plus ouvert qu’eux, j’ajouterai cependant que si vous voulez le faire 2 semaines plus tôt, j’en suis.

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14 réponses à “No Sarkozy Day : une vraie mauvaise idée

  1. Oui, tout à fait d’accord, le No Sarkozy Day consiste à se lever pour aller voter, pour ne pas laisser le champ libre aux retraités qui eux, y vont parce que ça leur fait une sortie

  2. Je plussoie, le no Sarkozy, c’est contreproductif (sauf à la télé).

  3. Bravo, très beau billet, j’adhère !

  4. Pareil… en revanche l’idée du jour sans immigrés (le 1er mars si je ne m’abuse) me paraît beaucoup plus intéressante pour rappeler ce que ça représente dans l’économie française (et c’est accessoirement un bon moyen de la leur mettre au cul comme disait l’autre)

  5. Je suis complétement d’accord (pas très original, certes). Il est bon de rappeler que le petit Nicolas est notre (digne???) représentant français parce que les français l’ont voulu… Donc en 2012, on va voter au lieu d’aller pêcher….

  6. Je suis absolument d’accord avec toi Diego.

    Après, je ne veux pas faire ma rabat-joie de service, j’irai évidemment voter en 2012, mais franchement, j’ai un doute sur le (ou la) candidat(e) qui me donnera envie de voter pour lui (ou elle)…

    • L’envie est une chose, l’intérêt national en est une autre ;-). Je dis depuis près de 10 ans que cet homme est dangereux, je le pense plus que jamais. Face à lui, je voterais pour une tringle à rideaux, sauf si elle se prénomme Marine.

  7. Que l’on ne se méprenne pas : quand je parle d’envie, c’est l’envie de voir tel ou telle candidat(e) à ce poste, dans l’interêt national.
    Même si j’ai des envies beaucoup plus basiques et égoïstes, que je ne peux avouer en public, je saurai faire la part des choses dans l’isoloir, le moment venu.

    Là où je te rejoins volontiers, c’est le coté dangereux de la « secte » qui m’effraie, et qui risque de faire encore des ravages…

    Mais Bon Dieu, la jeunesse se reveillera bien quand même?
    Parce que pour la vieillesse, c’est cuit.

  8. Ma réponse argumentée à ce billet :

    http://gauchedecombat.wordpress.com/2010/01/05/leziadec-il-est-tres-chouette/

    Pour moi, oui, Sarkozy et Berlusconi sont issus de la même confusion d’intérêts économique, politique social…

    Et tu peux être inquiet si tu veux, mais la seule réponse à ton inquiétude, si elle est sincère,c ‘est de venir nous rejoindre pour faire de cette opération un succès que rien n’entache. Assez de parlotes, des actes !

    • Cher gauchedecombat, je t’ai lu, et je n’ai pas changé d’avis.
      D’abord, techniquement, tu ne réponds pas à ce billet, puisque je ne trouve pas dans ton post de contre-arguments aux miens. Affirmer que Sarkozy = Berlusconi comme tu le fais dans ton commentaire, désolé mais c’est un peu court.
      Quant aux actes vs. la parlote, plusieurs choses :
      – qu’est-ce qui te permet d’affirmer que je n’agis pas ?
      – parler, c’est une forme d’action. Je parle, et je convaincs des gens, parfois, et ils convainquent des gens, ensuite, et ça n’est pas inutile. Ne pas parler serait une forme de renoncement.
      – je suis pour l’action, oui, mais l’action qui a du sens. L’action sous forme d’un NON général, sans discernement, à une personne que je déteste pourtant viscéralement, j’en reste convaincu, n’a aucun intérêt. L’action doit être ciblée, segmentée problème par problème, sur le terrain, tous les jours.
      Donc désolé, mais non, je ne vous rejoins pas. Ce qui ne signifie pas que je souhaite votre échec. Mais ce que tu dis n’apaise en rien les craintes que j’ai développées ci-dessus.

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