Blog à louer

Comme je suis pas super dispo et/ou inspiré ces jours-ci, je vais louer mon blog à des gens qui n’en ont pas mais veulent s’exprimer.

L’excellent Philippe de Thrace avait une colère à partager et 300 000 euros dont il ne savait que faire et qu’il m’a fait remettre par un petit camion de la Brinks. En échange, j’héberge sa colère. N’hésite pas à me contacter si tu veux en faire de même.

 

Commençons par deux précautions :
Je n’ai aucune haine contre les enfants. je souhaite en avoir un jour pour de vrai, dès que quelques obstacles de la taille de Christine Boutin et du pessimisme de Barbara auront été écartés. Et aussi, je suis un gros marxiste de merde qui considère qu’au fond, être né de tel ou tel et en recevoir un héritage est une injustice scandaleuse. Je sais que Librehomme pense comme moi d’ailleurs.
Une fois ceci établi, je peux vous le dire : être parent rend facho. Non attendez…

ÊTRE PARENT REND FACHO.

Il va falloir que je m’explique. Je fouillais sur le site du Monde, où un chat avait eu lieu sur le thème « La mise à l’écart des élèves perturbateurs est inefficace », avec la participation de Maria Ines, éducatrice à la protection judiciaire de la jeunesse, secrétaire nationale du SNPES-PJJ. Là, convergence entre plusieurs questions émanant de parents d’élèves : “Pouvez-vous m’expliquer l’intérêt scolaire pour mes enfants de côtoyer des délinquants dans leurs classes ? Savez-vous quelle sera la reconnaissance de la société envers mes enfants pour avoir vécu des problèmes qu’une volonté politique leur aura imposés ? “ et plus loin : “N’est-il pas compréhensible que les élèves et les parents, inquiets pour l’avenir de leurs enfants, refusent de payer le prix de soucis sociaux et familiaux dont ils ne sont pas responsables et préfèrent donc que ces enfants très difficiles soient séparés des autres ?”  L’aspect très peu question de ces questions n’est pas le plus difficile à avaler. Et dans les commentaires en dessous, c’est pire. Moi, là, je fais un genre de syncope tellement j’enrage. On dirait que dans ce débat (oui, comme dans bien d’autres) certains, les parents en l’occurance (Diego, c’est ma contribution), se font une joie de se mettre le doigt dans le seul oeil qui n’est pas au bout de leur lorgnette, et c’est écœurant. Si on suit leur raisonnement, la fréquentation des élèves nocifs n’est bonne pour personne, ni pour eux mêmes (ce que la spécialiste intervenante a affirmé plusieurs fois et que personne ne nie), ni pour les autres élèves, la solution est… attends.  On sépare les mauvaises graines des autres, mais on les met avec personne… Bah non rien, c’est à dire le déni et l’aveuglement, faute de l’élimination des fauteurs de troubles. En plus ces braves gens qui ne pensent à l’avenir de leurs bambins qu’avec générosité et espoir (pour eux) ne passent pas loin de l’explication, sûrement faute de l’avoir vu. C’est à pleurer de rire ici : “ les parents (..) refusent de payer le prix de soucis sociaux (…) dont ils ne sont pas responsables” . Si les soucis sociaux sont sociaux, c’est parce qu’ils sont sociaux, en tant qu’ils appellent des explications sociales propres à l’ensemble de la société sociétale. Tas de merde. Petit parent d’élève piteux, tu est partiellement responsable, en tant qu’élément de la société qui produit ces problèmes, des problèmes de ces gamins. Et quand bien même se serait juste de la faute à pas-de-bol, la chance que ça te soit pas arrivé à toi-même devrait de suffire à bien vouloir aider les autres. Pourquoi as-tu moins de mal à admettre ta responsabilité dans le réchauffement climatique ?
Pour répondre sur le site du Monde, il aurait fallu m’abonner pour 6€ par mois, j’ai préféré demander une faveur, mais j’avais besoin de m’exprimer. Car peu de questions me soulèvent le coeur à ce point. Ca me fait penser aux colons israéliens qui, quand on leur parle d’une possible difficulté des palestiniens pour vivre s’ingénient à répondre qu’ils ont peur pour leurs enfants, rapport aux bombes*. Tiens on prend encore les gamins comme justification, c’est pas un hasard. Vous vous rappelez de la républicaine avec les yeux en amande dans les Simpsons? Moi oui. J’en viens à formuler une hypothèse : La civilisation nous enjoint à ravaler l’essentiel de notre égoïsme, la politesse, “tend l’autre joue”, l’idéal républicain, et j’en passe. Dès lors, cet égoïsme retenu ne se déverse-t-il pas dans notre descendance ? Ne sont-ils pas juste le meilleur prétexte pour se distinguer socialement et accumuler le capital social ? Dans la mesure ou le réflexe de ségrégation socio-spatiale individuel (recours au privé, dérogation dans les inscriptions, etc…) pousse à la concentration et à l’aggravation des problèmes sociaux, ne peut on pas reprocher aux parents comme aux banques de privatiser les bénéfices et de mutualiser les pertes ?
On me demandera : N’a-t-on pas le droit d’espérer un avenir radieux pour nos enfants ? Je te répondrai si. Et si c’est au prix d’enfoncer l’avenir d’enfants des autres, je rajouterai qu’on a le droit d’être un sale connard d’égoïste, mais pas vraiment de se faire passer pour celui qui ne pense qu’au bien.

*je sais que j’ai de bonnes chances de me faire allumer. Rienafoutte.

30 réponses à “Blog à louer

  1. « marxiste de merde » … beau pedigree.

    Tout d’abord, merci et félicitation pour ce texte (même si au début j’ai cru à un fake de PdT par roro … cf. un échange chez VF).

    J’ai l’impression que les (nos) enfants sont devenus des icônes intouchables. Comme l’une des conséquences de l’exacerbation de l’individualisme, nous poussant à nous comporter de manière très maternelle et sur-protectrice envers notre progéniture. Comme tu le dis si bien, tout se justifie au nom de « nos enfants ». C’est notre paire d’as cachée.

    Quelle est aujourd’hui le pire des crimes ? Un acte pédophile (attention, je ne nie pas le caractère abjecte d’un tel acte … mais j’estime qu’il y a bien pire socialement parlant).
    Qu’y a-t-il d’écrit sur des panneaux routiers en entrée d’agglomération ? « pensez à NOS enfants, ralentissez » (par contre, si tu pouvais écraser mémé, on t’en serait reconnaissant).

    Que ce soit anecdotique ou dramatique, le culte de l’Enfant est bien là.
    Et c’est en partie ce qui grève nos systèmes d’éducations. Sans parler d’écoles en milieux dits défavorisés, des cas d’Enfant-roi (ne reconnaissant aucune autorité d’un adulte) rendant la gestion d’une classe improbable se multiplient. Et ce, par le fait que les parents en question sont dans le déni total concernant le comportement de leur « monstre ».

    • Philippe de Thrace

      C’est vrai qu’il n’y a pas si longtemps, en Europe, une trahison contre son pays passait pour bien plus abominable que le viol d’enfants.

      • Désolé, je ne saisis pas l’ironie.

        Pour clarifier.
        Un crime pédophile (ou un meurtre quelconque), aussi horrible et porteur d’émotions soit-il, reste, en général, un fait divers. Or, il me semble être de moins en moins traité comme tel par le Politique (et le médiatique). A l’inverse, il me semble que toutes les affaires de corruptions ou d’abus de biens sociaux (dans le public ou le privé) bénéficient d’une plus grande mansuétude dans l’opinion publique, alors que les répercutions sur la société semblent plus graves.

  2. Philippe de Thrace

    Merci très beaucoup Diego. Tu m’as permis de publier ça en évitant de devoir ouvrir un blog dans l’enthousiasme pour le fermer comme tant d’autre trois ans plus tard après quatre articles (no offense Yoos F).

    Marian, ce que tu dis me rappelle l’effroi devant un documentaire sur les mini-miss aux États-Unis, pendant lequel je me suis dit que la survalorisation de l’Enfance (peut-être plus que l’Enfant) faite objet de vénération et de désir finalement, expliquait pour partie la pédophilie dans ses formes actuelles.

  3. Le vocabulaire de notre société est très révélateur.
    Les enfants, ce sont forcément NOS enfants, même quand on n’en a pas.
    On est priés de penser à eux.
    Les jeunes (souvent suivis de délinquants) sont ceux des autres.
    On est priés de ne pas hésiter à être fermes.

  4. genre? c’est nul, je voulais continuer à te lire, moi.

  5. J’ai arrêté de lire les commentaires des articles sur le net depuis 1992 (à une vache près) tellement ça me faisait peur.
    Je veux dire bon, je suis pas le mec le plus confiant en l’Humanité (pas le journal), d’une manière générale les Autres (pas le film) je les ignore (parfois) je les emmerde (plus globalement). Mais je dois bien avoué qu’assister au déversement de flots de merde par des centaines de personnes qu’on peut supposer lambdas bah ça fout un peu les jetons. Et la rage.
    On se sent bien seul à se dire face à eux.
    Alors attention hein, je ne suis pas exempt de raisonnement douteux et de connardise. Je dois donner une pièce par an à la foule des instrumentistes dans le rer, quand Action contre la faim m’accoste dans la rue je réponds que j’ai déjà mangé, et je détourne laaargement le regard pour éviter de croiser les yeux d’un punk à chien.
    Ce n’est pas pour autant que je souhaite que la société les ignore voire les écrase.

    Pour en revenir aux gamins. J’ai à peu près autant d’intérêt pour les gamins que pour les animaux (c’est dire), j’aimerais gifler férocement toute personne qui se présente en disant « je suis une maman ». (bizarrement « je suis un papa » je l’ai jamais entendu) Et donc oui parquons les sauvageons loin et seuls.
    Ma foi. J’ai connu les deux situations.

    Jusqu’au lycée j’étais dans des classes tout à fait normales, de bons élèves, des moyens, des mauvais, des têtes à claques, des marrants, des cons.
    J’étais moi-même très bon élève sans être trop tête à claques. En gros j’avais l’impression d’être ami avec tout le monde. Y compris les mecs de la cité d’à côté, qui n’étaient pas des tendres, qui étaient largués pour diverses raisons mais qui, à partir du moment où tu leur parlais normalement comme à tout le monde et bah bizarrement ils te sautaient pas à la gorge pour te brûler vif et manger tes tripes.
    A contrario, en seconde j’ai été dans une classe dite « accélérée » où toutes les têtes étaient réunies. Ici, pas de branleurs, beaucoup de petits animaux à fourrure assez craintifs et moi-même et 2-3 acolytes qui avons regretté d’être là dès le premier jour. D’abord parce qu’on avait pas d’affinités avec le reste de la classe. Mais surtout à cause de la façon dont nous étions perçus par le reste du lycée. Des prétentieux, qui ne veulent pas se mélanger. Des gens bizarres qui pensent qu’à leur gueule et qui construiraient des murs s’ils le pouvaient. Alors non je ne l’ai pas bien vécu, y compris quand je suis retourné dans le circuit « classique », on se sent très seul quand on est mis à l’écart. Sans vouloir tomber dans le misérabilisme.

    Oui j’ai bien conscience de faire une généralité d’une petite expérience personnelle. Mais ça me paraissait une bonne illustration.
    Ah et résultat bien sûr, les élèves sortant de cette classe ont tous de bons postes, qu’ils auraient eu de toute façon. Ceux qui sont retournés dans le circuit classique en ont eu aussi (à l’exception notable de votre serviteur). Les mecs lambdas ont eu un éventail de jobs aussi vaste que l’éventail de leur lambdattitude, et ceux qui étaient largués et bah.. ils le sont restés.

    J’essayais de dire que le parquage on le fait de toute façon sans avoir besoin que l’école l’impose, mais je suis pas sûr que mon exemple permette d’arriver à cette conclusion. Semi FAIL.
    Bref je voulais juste apporter mon caillou à la montagne.

  6. Oui alors je m’étais pas rendu compte de la taille du truc.
    Mes confuses.

    • Guillaume Pascanet

      Ne t’excuse pas, ton texte est très bien.

      Il illustre bien que l’école ne « répare » pas les dommages sociaux, mais les reflète assez fidélement.

      Donc, vouloir écarter les brebis galeuses, c’est non seulement contre-productif, mais complêtement stupide si l’argument est de vouloir protéger l’avenir de ses enfants.

      On vit dans un monde de consommation, et les parents le plus souvent voient juste le système éducatif comme un endroit où l’on garde les enfants, et où on leur apprend quelques trucs qui leur serviront plus tard.

      D’où les gueulantes pendant les grêves (j’en fais quoi de mon gamin aujourd’hui ???) ou lorsque l’on se risque à la mixité (Jean-Eudes ne va quand même pas croiser Mouloud !!!)

      Concernant le clash récent, j’ai quelques doutes sur « kikakommensé ? ». Vu que les mômes de banlieue étaient en minorité, je ne suis pas convaincu que ce soit eux qui aient commencé. Les lycées de province, j’ai connu. C’est tout aussi cruel que partout ailleurs et je me rappelle les réflexions de condisciples lorsque l’on croisait les élèves du LEP voisin sur notre terrain de sport commun.

      PS : merci le Velu. Si je te croise un jour, je n’oublierai pas le petit garçon mis à l’écart de sa classe.

  7. Ouais euh enfin j’étais au lycée hein. Mis à l’écart c’est peut-être un bien grand mot. Mal vu oui. Et fallait bien se battre pour se faire des potes. Mais bon on me jetait pas des cailloux non plus.

  8. Véro la Bisontine

    Pour revenir au concept de l’enfant-roi, je suis toujours agacée lorsque je suis une voiture, et qu’il y a un affichage sur la lunette arrière indiquant « Attention, bébé à bord ».
    Sympas pour les autres (qui peuvent crever, c’est mois grave).
    Remarque, maintenant que j’y pense, c’est peut être pour indiquer qu’un bébé peut être oublié là?

    • Je pense que c’est juste pour dire aux autres conducteurs : « ATTENTION! Le pilote de ce véhicule est probablement à bout de nerfs ».

    • Guillaume Pascanet

      Je pense plutôt que cette affichette a pour but de clamer au monde entier « J’ai un/des enfant(s) MOI !!!!!! ».

      Enfin, je le prends peut-être comme cela parce que j’en veux, des mioches.

  9. PdT,

    J’ai envie depuis 3 jours de laisser un commentaire un brin construit et plein de fautes.
    Mais je ne trouve le temps que pour les fautes.

  10. Achh, M. De Thrace,
    Occurance, very very nice.
    Pour le reste, je suis d’accord avec le combat (quel que soit le « sous-jacent », comme on dirait dans mon industrie de banksters): en gros contre l’hypocrisie?

    • Philippe de Thrace

      C’est pire que de l’hypocrisie, je crois. Parceque l’hypocrite sait qu’il travestit une réalité, alors que les Helen Lovejoy sont le plus souvent persuadés de leur bonne foi, leur bon droit et leur vertu.

  11. Guillaume Pascanet

    Philippe, je viens de terminer « le Préisdent des riches ou l’oligarchie sous Sarkozy » et je pense que ce livre pourrait nourrir ton courroux sur l’entre-soi cultivé par une certaine élite.

    L’études des haut-de-seine est croquignolet. On a beau être à peu près au courant, c’est savoureux (ou vomitif) une fois remis en perspective.

    • Philippe de Thrace

      effectivement, ça pourrait être un bon moyen que de le lire le 2 janvier pour se défaire des excès des fêtes.

      • Je l’ai lu moi-même. C’est écrit avec les pieds, mais intéressant.

        • Guillaume Pascanet

          Ce n’est pas une oeuvre littéraire non plus. C’est « facile à lire » en tout cas, je l’ai dévoré en une nuit d’insomnie.

        • Oui enfin ce sont quand même des sociologues, ils pourraient éviter de faire douze fautes par phrase et de répéter les mêmes mots 100 fois par paragraphe. J’ai au contraire trouvé ça très difficile à lire pour cause de style de merde.

  12. Vous étiez tous ici !! Le Velu !! Diantre !!

    Bonne idée Diego de louer ton espace

    Et je suis d’accord avec vos commentaires sur l’école

  13. Bonne idée Diego de faire 4×3. Maintenant je serai plus réservé que la plupart des commentateurs. Déjà, y a un truc pas mal quand on veut être lu sans payer 6 euros, c’est ce machin-là:  »

     »
    Mais je comprends qu’on ne veuille pas abuser de l’espace de son hôte. Cela mis à part, je lis beaucoup d’indignation et peu d’arguments. Indignation sur indignation ne vaut pour paraphraser l’adage. En détail:

    1) Le fait que le problème soit social ou « sociétal » ne permet en rien de l’assigner aux parents. Ni aux les enfants, d’ailleurs. Qui ne sont en rien des représentants sociaux. A tout le moins des acteurs sociaux. Mais la marge d’action des acteurs sociaux est bien moindre.

    2) La référence palestinienne est un Point Godwin habillé en Yves Saint Laurent. Comparaison n’est pas raison (- moi aussi je sais me faire des amis).

    3) Pourquoi ne pas payer 6 euros pour prendre part au débat (l’abonnement est de mois à mois n’est-ce pas?). N’est-ce pas là un prix moindre pour assumer une posture sociale revendiquée?

    4) Sur un point plus personnel je le dis franchement, je n’aime pas les enfants. Surtout ceux des autres (je n’en ai pas). Rien de plus con qu’un gosse même selon ses propres standards.
    Tout est dans Lord of the Flies. Un gosse quand ça ne pense pas, ça éborgne les autres avec un bâton (jurisprudence constante) et quand ça pense ça achète de Nike (ventes constantes – mais c’est normal de consommer sa propre came ;-) et plus tard ça égorge ses parents et ça ment dans les prétoires.

    Donc oui, je suis assez d’accord pour mettre un terme définitif la la dictature du protocole angélique.

    5) Beau petit morceau de prose quand même: à tout vassal, tout honneur ;-)

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