Décomplexion fatale

J’ai le sentiment diffus d’en avoir déjà parlé, mais dans la mesure où plus ça va, plus je m’en convaincs, je m’en vais vous en remettre une couche.

Si Nicolas Sarkozy, dans sa course effrénée vers le pouvoir, a eu un trait de génie [lui ou sans doute plutôt l’une de ses éminences, et je pense en particulier au si modéré Patrick Buisson], c’est bien de faire de la décomplexion [mot qui si je ne m’abuse n’existe pas, mais me semble approprié par sa parenté avec complexion] la pierre angulaire sur laquelle il allait fracasser tous les obstacles dressés sur sa route triomphale.

Ce « parler-vrai » [bien que truffé de mensonges et promesses en trompe-l’oeil, et même en doigts-dans-l’oeil] a en effet été l’élément-clé de crédibilisation de la rupture annoncée. Enfin, un homme politique dit les choses comme elles sont, sans langue de bois, en termes simples, et appelle un chat un chat. On peut donc lui faire confiance, il va faire changer les choses.

Mais là où je pense qu’il a peut-être fait une erreur fatale – seul l’avenir, malheureusement, pourra nous le dire, et putain qu’est-ce que c’est dans longtemps, l’avenir – c’est en lâchant la bride du complexe à ses adeptes hystériques.

Enivrés par leurs éclatantes victoires à la présidentielle et aux législatives, les supporters du président se sont appropriés la décomplexion prônée par le chef, sans la soumettre au filtre d’un entourage de communiquants compétents. Car tout décomplexé qu’il est, rien de ce qu’il dit n’est, bien sûr, spontané : tout est pesé au trébuchet des renifleurs d’opinion dont ne disposent pas les sous-fifres.

Et plus on descend dans l’organigramme, plus on confond décomplexion et droit de tout dire en toute impunité. C’est là que le bât a déjà commencé à blesser, et blessera encore.

Avec de sympathiques députés élus de zones où capter la majorité des voix nécessite d’être plus frontiste que Jean-Marie, qui croient pouvoir s’exprimer de la même façon dans les médias nationaux qu’à la foire au déambulateur d’Orange ou à la biennale de la gériatrie de Nice.

Avec des militants que rien n’arrête, et qui croient être de bons élèves du sarkozysme glorieux en déblatérant des propos qu’on ne renierait pas à la fin d’un banquet bien arrosé de schnapps d’Alsace d’Abord.

A force d’empilement de déclarations plus que douteuses, répertoriées par le blog « Ils l’ont dit » [un peu en standby ces derniers temps, mais dont les instigateurs vont reprendre l’animation très vite, c’est promis], à force de conneries grosses comme un Jeune Pop débitées sur Twitter et Facebook, à force de sentiment d’immunité et de toute-puissance, et sans compter les sabotages soigneusement décomplexés des Copé-Jacob, j’ai bon espoir que la Sarkozie ne finisse par se briser elle-même sur son arme fatale, pour le plus grand bien commun.

Car comme disait la Bible [que Christine Boutin me damne si par extraordinaire ma citation s’avérait fausse]

« Celui qui a vécu par la décomplexion périra par la décomplexion »

15 réponses à “Décomplexion fatale

  1. Je viens de voir Christian Estrosi chez Taddeï…. Et ce brave garçon a vraiment mis toute la bonne volonté qui le caractérise pour démontrer à quel point tu as raison ! Reste à savoir si les électeurs en tireront les conclusions qui s’imposent (allez, je me contenterai de la moitié des votants + 1).

    Et puisqu’on en est à citer la Bible, ceci va si bien à ce cher Estrosi :
    Et il lui fut donné de décomplexer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât…

  2. Mon Dieu, j’avais loupé ce sublime PearlTree.

    « Ils ont voulu nous déraciner des arbres pour nous faire débarquer des togolais », c’est au delà de touts mes espérances !

  3. Le texte est bien court, non ? (je ne sais pas lire entre les [])

    Belle brochette de crétins, quoi !?
    Mais, ils parlent dans le désert tout ces gens, ou bien ils ont un semblant d’influence quelque part ?
    Finalement, on en revient toujours au fameux: « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait. »

    • Dans la mesure où ils ont l’Elysée, une majorité écrasante à l’Assemblée et la Présidence du Sénat, oui, ils ont une certaine influence… Mais on entend de plus en plus de désabusés regrettant amèrement de les avoir portés au pouvoir. D’où l’espoir…

      • Guillaume Pascanet

        Normalement, ils devraient perdre la présidence du sénat cette année, ce qui est historique vu que cette assemblée n’a jamais connu d’alternance depuis sa création en 1958.

        • Tu vends la peau de l’ours Guigui. Pas de normalement en la matière. Elle est pour la première fois à la portée de la gauche, mais ça devrait être très serré. Il va falloir faire de très bonnes cantonales, or les gens se cognent des cantonales malgré leur attachement aux départements.

        • Guillaume Pascanet

          C’est surtout qu’une bonne partie des gens ne font pas le lien entre le conseiller général et le départment, et encore moins avec des élections cantonales. Ils sont perdus dans le jeu de pistes sémantiques.

          C’est sans doute moins vrai en province cela dit, et surtout en zone rurale.

          Mais je suis d’accord avec ta prudence.

        • Ce serait effectivement plus clair d’appeler ça les élections départementales. Indubitablement.

  4. Je connais des personnes « sensées » qui ont voté Sarkozy et qui le regrettent aujourd’hui, se demandant par quel moyen ils ont pu se laisser enfumer le cerveau. ça leur fait l’effet gueule de bois, en quelque sorte. Je vois aussi d’autres personnes se décomplexer, radicalisant leurs positions, tenant des discours insipides qu’ils n’auraient jamais osé proférer si haut et si fort avec si peu de finesse auparavant.Ils sont plus que jamais sûrs de leur bon droit. Jusqu’où ces mêmes personnes ne préfèreront- elles pas se vautrer dans une réflexion simpliste si confortable, plutôt que de faire l’effort de considérer les choses de façon plus globale?Premier pas qui demande déjà un grand effort pour beaucoup. Sarkozy offre des raccourcis, des bouc émissaires en veux tu en voilà. Ce dont beaucoup ont besoin pour justifier leurs propres difficultés.
    J’aurais bon espoir s’il y avait du monde en face, or……..

  5. Oui, je voulais dire une équipe soudée à gauche autour d’un programme et non pas une lutte de personnalités.

    • Souhaitons que ça se décante sans trop de sang sur les murs. Il y a des propositions, des gens qui bossent. Celui qui en fait le plus n’étant pas le plus exposé, pour le moment, à savoir FH.

  6. Si vous votez pour moi, en 2012, je recomplexe la droite.

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