1er tour des cantonales : qui a gagné ?

Comme à chaque élection, les analyses contradictoires se multiplient, chacun tentant de trouver des circonstances atténuantes à la piètre performance de sa chapelle, ou de sur-valoriser sa performance honorable.

Ce scrutin est d’autant plus difficile à analyser que les chiffres nationaux n’ont pas beaucoup de sens : on additionne quelque 2000 scrutins locaux, dans lesquels l’offre politique n’est pas homogène. On annonce des scores par parti alors que tous ne peuvent pas prétendre au même nombre de voix compte tenu de leur couverture du territoire. Et on compare ce résultat à une élection précédente dans laquelle l’offre était également différente.

Pour y voir plus clair, il est donc nécessaire de distordre un peu les chiffres, pour établir des périmètres équivalents de comparaison. Cette démarche suppose certaines hypothèses contestables (notamment parce que quand un grand parti est absent d’un canton, c’est généralement parce qu’il sait qu’il n’a aucune chance d’y faire bonne figure). A l’échelle nationale, les biais des extrapolations que je m’apprête à vous soumettre me semblent toutefois s’équilibrer.
NB : dans tous les tableaux, j’ai fait l’hypothèse que feue l’UDF s’était séparée à parité entre Modem et NC. Je me garde d’en commenter les résultats, trop théoriques.

Mais partons du point de départ, les candidatures :

Tab 1 - Candidats par parti et couverture des cantons renouvelables

2 enseignements principaux dans ce tableau :

  • Le FN fait partie des partis les plus présents, mais présente 400 candidats de moins qu’en 2004. Son potentiel en voix est donc nettement moindre.
  • L’UMP est loin derrière le PS en couverture des cantons renouvelables. Le parti présidentiel, pour rivaliser avec le PS en score national, aurait donc dû réaliser un improbable carton. Il est normal que son score soit beaucoup plus faible que celui du PS, claque ou pas claque.

Intéressons-nous maintenant aux résultats nationaux :

Evolution des résultats nationaux

En nombre de voix, un seul parti sort renforcé : EELV, qui double son score. Ce qui s’explique en partie par son nombre de candidats en forte hausse, mais sa performance est supérieure à la croissance de sa couverture. Elle est d’autant plus remarquable que le scrutin compte 3 millions de suffrages exprimés de moins qu’en 2004 (-25% !). Tous les autres partis enregistrent des pertes massives, la palme allant à l’UMP (-40%). On notera toutefois que le PS perd plus que le manque à gagner lié à l’abstention plus forte. Et si l’on regarde le total des voix évaporées dans la nature, on constate que le PS et l’UMP en souffrent à quasi-égalité : ce sont eux que les abstentionnistes boudent le plus, ce qui vient conforter la thèse du « ras le bol du système ».

En nombre de points, 2 partis progressent sensiblement : EELV bien sûr (qui tire à lui seul le total gauche, et explique en grande partie la baisse de ses alliés), et le FN.

Entrons maintenant dans la fiction et les extrapolations. Premier exercice : si l’on corrigeait les votes de chacun du différentiel d’abstention ? En clair, appliquons les pourcentages obtenus par chaque parti au total de voix de 2004, pour estimer la perte de voix à périmètre comparable (oui c’est discutable, mais c’est également discutable pour chaque parti, donc support de comparaison valable). Voilà ce que l’on obtient :

Votes corrigés de l'abstention

On voit bien ici que les écarts se différencient davantage : le PS recule légèrement, ce qui une fois de plus est logique compte tenu de la plus grande concurrence à gauche et du carton d’EELV. Alors que l’UMP prend bel et bien une claque, à près de -20% contre -5% pour son rival. Front de Gauche, PRG et surtout FN progressent aussi nettement dans cet exercice. Le total gauche de gouvernement progresse à peu près dans les mêmes proportions que la droite recule, environ 8%.

Autre exercice intéressant : ramener les résultats à une moyenne par canton de présence (même si bien sûr tous les cantons n’ont pas la même taille : l’évolution a du sens) :

Moyenne par canton

En moyenne par canton où un candidat est présenté, le résultat est criant : TOUT LE MONDE recule, sauf le FN qui progresse de près de 20%.

En corrigeant de l’abstention comme précédemment, toute la gauche progresse sauf le PS (concurrence accrue), l’UMP recule légèrement mais les DVD progressent. Et le FN explose : +59%.

Ceci étant dit : le PS demeure bien le premier parti de France sur cet indicateur : c’est bien lui qui rassemble le plus de voix en moyenne par candidat… devant l’UMP. S’il fait en moyenne 10% de voix de plus qu’un candidat UMP, il en faisait 12% de plus en 2004.

Que conclure de tout ça ? Ca me semble assez limpide :

  • Il y a deux grands gagnants à ce scrutin : EELV et surtout le FN.
  • L’UMP prend une claque, mais elle n’est pas monumentale. Merci donc de s’abstenir de l’enterrer – à moins que ses divisions sur la conduite à suivre pour le second tour ne le conduise à l’explosion.
  • Le PS ne fait qu’une performance honorable, freiné dans sa course par une concurrence accrue à gauche – et la tendance bien connue à voter plus facilement pour les « petits » partis dans ce genre de scrutin où l’enjeu semble moindre. Pas de quoi pavoiser (il doit encore montrer sa capacité à reconquérir les électorats qui l’ont fui, et regagner sa crédibilité), pas de quoi crier au feu comme le font certains.
  • La gauche dans son ensemble progresse. Reste à ce que ça ne monte pas suffisamment à la tête des uns et des autres pour mettre en péril ses chances lors de la prochaine échéance, celle qu’elle n’a pas le droit de rater.

Aux inscrits des cantons encore en jeu, une seule chose à dire : allez voter.

5 réponses à “1er tour des cantonales : qui a gagné ?

  1. Tu veux pas aller bosser comme journaliste politique? Tu aurais un rond de serviette chez Lipp et chez Françoise et on aurait des analyses intéressantes au lieu des conneries d’Apathie et Ménard

    • Je voudrais surtout la place de Duhamel. Pour qu’on le voie plus.

    • Ben trop compliquée sa « démonstration » pour passer dans les grandes canalisations médiatiques.
      Même si les conclusions sont claires et semblent sensées à la vue des « preuves » produites, ça manque de pédagogie. Par exemple, « Taux de couvertures », « Part des voix perdues », ça mérite une explicitation claire des définitions.
      (j’vais me faire cuire le cul, je sais)

  2. Guillaume Pascanet

    Je plussois Gaorl, c’est probablement l’analyse la plus complête (tout l’éventail politique est étudié) et la plus fine (prise en compte des cantons, des candidats, de l’abstention) que j’ai lu jusqu’à présent.

    Bravissimo. Pour les conclusions, je pense que les prochains mois seront décisifs : déchirements à l’UMP comme ces jours ci semblent le faire penser ? autonomisation du centre (avec Borloo ? Morin ?) concurrence accrue des verts et du FDG contre le PS ? mise en route rapide ou laborieuse du PS pour les Présidentielles ?

  3. Pingback: Quels gagnants pour les cantonales ?

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