#Blogloc n°1 – Squatt Echangiste

Diego, il traque les moindres incohérences verbales du parti le plus humiliant de la création, moi, ça me fait tout juste sourire quand vraiment c’est très stupide, le reste du temps, je jette tout ça dans ma poche et mon mouchoir dessus.

De sa discothèque lumineuse il te sort le petit truc précieux qui va devenir l’hymne national de ta journée lorsque je me contente de piocher dans mon baladeur en mode aléatoire ou que je réécoute une énième fois The Essential Clash.

Je me suis donc demandée de quoi j’allais lui parler une fois installée avec ma coupette de champagne, devant l’affiche de Monsieur Gainsbourg, chez ce Don Quichotte musicomane.

Alors j’ai eu besoin de lancer un caillou, un peu comme si on était tous les deux saouls dans un bar et que je me mettais à dire n’importe quoi, parce que finalement je crois que c’est ce que je fais de mieux, causer de moi, au passé au présent et au futur, à un plus si inconnu que ça de quelqu’un dont tout le monde, à part moi et ma proche famille, se fiche éperdument, de mon grand-père maternel.

Pour te présenter rapidement le bonhomme, tu sauras qu’il est alsacien, qu’il a changé deux fois de nationalité, qu’il était aviateur-garçon coiffeur-ouvrier chimiste, qu’il est resté marié plus de 5o ans à ma grand mère, qu’il a eu 4 filles, 8 petits enfants et deux arrière petits fils, et qu’il s’est éteint chez lui dimanche 17 janvier à 19h.

Il portait des casquettes qu’il partageait avec moi (et seulement moi) toute la journée si je voulais mais que je devais toujours remettre en place avant de partir. Il y a quelques semaines, après ma dernière visite, j’ai ouï dire que la bleu roi, ma préférée allait enfin être mienne. Il n’aura pas eut le temps de me la donner en mains propres.

Je le regrette.

Ma cousine et moi on était ses gars, tu sais, Diego, les filles pour lui, on avait l’impression que c’était peanuts, il en avait déjà eut 4, ça suffit quoi, on va pas revenir là dessus, mais je sais qu’il les kiffait ses filles-gars. Tellement que les dimanches matins il les accueillait dans son lit vite vite au chaud on en profite maman n’est pas là deux de chaque coté et il leur racontait des histoires, avec les gestes et les bruitages, comme au cinéma.

Leur papa.

Il avait un air crâne, un peu wesh/ouaich/ouesch, j’avais l’impression qu’il allait m’attaquer avec ses dents en porcelaine, mais en réalité, c’était un cœur tendre, il s’émouvait facilement. Lorsqu’il a fêté ses 5O ans de mariage avec ma grand mère, il lui a dit je t’aime toujours en pleurant.

On l’aimera toujours en pleurant.

Il avait une voix magnifique, un ténor pur et fort, un peu tremblant, et quand il chantait, ça le rendait heureux et nous avec. C’était contagieux. Les filles ont intégré une chorale. L’une est chanteuse lyrique. Deux de mes cousins étaient petits chanteurs, le reste a au moins fait de la musique. Moi aussi. Aujourd’hui, tu vois, sans faire exprès, ça nous prend, tac, on pousse la chansonnette à deux ou trois voix, c’est joli tout plein, ça sonne juste exactement et fatalement, c’est tout de sa faute. Ces dernières années, il manquait de souffle, il ne pouvait plus. Ça l’a rendu très malheureux.

Elle va nous manquer, sa voix.

Un autre truc qu’il nous a transmit, par mimétisme, sans vraiment le faire exprès, c’est la clope. Il a du fumer la dernière vendredi, ou peut être samedi, avant que ça n’aille trop mal, comme d’habitude, planqué dans les WC du garage, avec le chauffage à fond pour ne pas attraper froid. Il les roulait dans une petite machine en ferraille. Quand on était petits, on avait le droit, chacun son tour de refermer le capot de la petite machine, et pof, magique, la cigarette sortait, parfaitement roulée, sans un poil qui dépassait. Il l’allumait, et ça sentait bon le caramel. Mère, Tantes, cousine et cousins, on a tous fumé, plus ou moins tôt, inconsciemment, pour faire comme lui, parce qu’il avait la classe, avec son mégot au bec, Yvan le terrible alias papi Vador alias Locomotive.

Chaque clope que j’allumerai dehors, un soir d’été, dans une cour tranquille, avec le chant de la rivière et l’ombre du marronnier, lui sera dédiée au moins en pensée.

Il m’arrive de porter le Classique de Gaultier parce que c’est l’odeur de son savon à barbe et quand je buvais mon ricoré le dimanche matin et qu’il se rasait pour aller à la messe il me donnait un coup de blaireau sur le nez « Et salù chulinetti maidala ! »

Etienne du bistrot de la grand rue là haut a perdu un de ses plus fidèles clients.

Il était enfin bouilleur de cru. Dans le jardin, il y a des arbres fruitiers : pommes, quetsches, mirabelles, cerises. Dans la grange, tout le nécessaire pour faire du schnaps. C’est mon oncle qui s’est chargé de la cuvée 2009, il était déjà trop fatigué d’être inutile et de ne plus pouvoir monter le chemin vers le verger. Quand la grande cuve sera vide, disparaitra aussi l’alcool qui a guérit tous nos rhumes, maux de tête, rage de dents, et gueules de bois et chagrins d’amour.

Lui il restera.

Puisque ce que j’avale tout rond ce soir c’est mon grand père que l’on boit jusqu’à la dernière goutte et dont on se repait les papilles.

G’sundheit, papi. Du bich net im mein hartzala gestorva.

____________________________________

Ce post est une usurpation, dans le cadre d’une opération d’échangisme de blog connue sous l’appellation de #blogloc, comme une coloc de blog.

La #blogloc épisode 1, c’est Diego-san qui écrit chez Henri qui écrit chez  Chulie qui écrit chez Diego-san.

La #blogloc, c’est une façon de te dire que si tu aimes Henri , tu devrais aimer Chulie et Diego-san, et réciproquement.

La #blogloc, c’est aussi un complot mondial pour devenir des stars internationales du bloguisme, virer les fachos du Top de WordPress et gagner des milliards de dollars à la fin mais dans pas trop longtemps, mais ça c’est un secret, on peut pas t’en parler pour le moment.

Publicités

27 réponses à “#Blogloc n°1 – Squatt Echangiste

  1. Voilà. C’est pour ça que j’aime la #blobloc.

  2. Lectrice assidue et passionnée de Diego et d’Henri, à l’annonce du #Blogloc, ma curiosité s’est éveillée… ma jalousie aussi: « Mais qui est cette veinarde qui vient squatter chez 2 de mes blogueurs préférés?? »
    Et puis là, je comprend.
    Merci Chulie.

  3. Je ne me souvenais plus du dimanche matin sous la couette ;) Je me rapelle par contre du Rudi Carrel Show des samedis soir où les parents sortaient et qu’on passait la nuit chez eux !
    Que de chouettes souvenirs tu réveilles…

  4. Mmmmmh. N°2, dans l’ordre (ou était-ce simultané?). Tu ressembles en écriture à l’image exacte que je me fais de cette fille

  5. C’est malin, je renifle maintenant. Une pensée pour ton papi, sans clope, sans rien, juste lui dire merci pour les merveilleux souvenirs qu’il t’a laissés.
    BISOUS ma Chulie

    (Bouh, ça fait drôle d’être venue te chercher si loin de ton Nombril!)

  6. Une Chulie égale à elle même, avec un post magnifique et d’une tendresse à fleur de peau. Cette fille est géniale.

  7. Larme à l’oeil, sourire vague, je pense à mon grand-père…

    Merci Chulie d’être si touchante.
    Merci les garçons de me faire découvrir cette plume.
    Merci à vous trois pour cette idée juste extraordinaire.

  8. Superbe, prends en de la graine Diego ;)

    Quand tu veux je te passe l’appareil photo et je mets la veste à carreaux pour une lifeloc

  9. Super touchant….(oui même moi qu’on surnomme pourtant la hyène).

    Je vais aller compter les petits cailloux que tu as semé sur ton blog, Madame.

  10. Je te lis le sanglot au bord du cœur en donnant le sein à mon poupala, la seule qui arrive encore à tirer des étincelles des yeux de mon papapa qui ressemble un peu au tien…
    J’ai mal de votre chagrin.
    Bises, ma Chulie.

  11. Pingback: Lundimusique et Some people have real problems «

  12. Pingback: #Blogloc n°2 Boys, you really got me now ! «

  13. It’s been a year. Baisers Papi …

  14. Ce weekend c’était souvenirs-souvenirs et réunion de famille en Alsace comme en Bretagne…..
    Les souvenirs c’est la vie!! c’est un peu le message (entre autre) du livre que j’ai terminé dans le train hier soir : Kafka sur le rivage de Haruki Murakami.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s