Marine Le Pen in the ass

La tornade du sondage controversé de Dirty Harris (belle trouvaille de Guy Birenbaum) étant passée, ce que les experts avaient  à dire ayant été dit (je rappelle quand même que Jean-Daniel Lévy, papa de ce sondage, s’est fait littéralement défoncer par ses confrères de CSA et TNS-Sofres, notamment, qui ont parlé « d’irresponsabilité » et « d’incompétence« , entre autres amabilités, ce qui est très inhabituel dans un milieu habitué à se défendre collectivement contre les attaques récurrentes sur la fiabilité de leurs études), il est temps de s’intéresser au fond.

Belle, c'est un mot qu'on dirait inventé pour elle

Cochonou, le saucisson pur porc comme on l'aime chez nous

Oui, il faut croire ce qu’annoncent les sondages dans leur globalité (car une nouvelle fois, si les chiffres pris un par un sont sujets à caution, les tendances observées dans le temps et sur l’ensemble des enquêtes sont, elles, incontestables) : Marine Le Pen n’en est plus à nous mordre les mollets. Ce talentueux pitbull mord désormais beaucoup plus haut, elle nous tient les couilles par les dents, il n’est une nouvelle fois pas question de le nier.

Mais le plus intéressant, c’est de savoir qui sont ces gens qui claironnent de plus en plus ouvertement qu’ils ont l’intention de donner leur voix à celle qui n’a aucune solution viable à apporter aux problèmes de la France (tous les économistes s’accordant à annoncer une apocalypse si son programme économique venait à être appliqué), et pourquoi ils veulent le faire.

Pour le savoir, plusieurs sources : les instituts publient sur leurs sites des résultats beaucoup plus détaillés que les journaux qui commanditent les enquêtes (et je vous encourage, à chaque publication, d’aller faire un tour sur les sites d’Ipsos, Ifop, TNS & co). On y trouve souvent des réponses à des questions intéressantes mais non publiées, et des tris croisés qui apportent un éclairage (qui vote quoi au lieu de combien votent quoi, par exemple).
On y observe aussi les mouvements de voix opérés depuis la précédente élection présidentielle, celle qui vit notre glorieux Minarque accéder à son nirvana.
Autre source : des études portant plus spécifiquement sur le profil et les motivations des électeurs frontistes potentiels. A ce jour, je n’en ai trouvé qu’une, et vous allez rire : elle a été réalisée par Harris Interactive (LOL) pour Valeurs Actuelles (reLOL) qui comme vous vous en doutez est mon magazine fétiche, ma bible, je les ai tous depuis 1982, conservés dans de magnifiques reliures en simili-croûte de porc. Malgré mes réserves vis-à-vis des méthodes dudit institut, cette enquête étant un zoom sur ceux qui disent voter Le Pen, les biais en sont par nature minimisés.

Qu’y apprend-on ?
Sans surprise, que les grandes masses de ses électeurs putatifs sont les vieux de la vieille du Front, ceux qui ont voté Jean-Marie en 2007, et les électeurs de Sarkozy : 21% d’entre eux pour Harris. Jusqu’à 24% pour Ifop. Vient ensuite une part non négligeable des électeurs de Bayrou (12% environ), témoin d’un glissement d’un vote de rejet soft vers un vote de rejet hard. Et contrairement à ce que l’on lit ici et là, pas d’hémorragie catastrophique des électeurs de gauche, même si des transferts existent (de l’ordre de 8%).

Le score de Marine Le Pen, c’est donc avant tout un cocktail de fidélité des électeurs frontistes (ceux qui sont restés en 2007, sans surprise, constituent le socle imperturbable du Front), et de déçus de Sarkozy (dont une part non négligeable avaient sans doute voté Le Pen en 2002 avant de gober le milkshake à la rupture). Leurs préoccupations sont d’ailleurs parfaitement en phase avec les échecs, les fanfaronnades, les moulinets de bras, les obsessions du président sortant que j’espère bientôt sorti : immigration, insécurité, inégalités, pouvoir d’achat. Cette porosité des électorats de droite et d’extrême droite est d’ailleurs confirmé par le stupéfiant sondage publié par Paris Match, qui indique qu’à la question « laquelle de ces 2 personnalités préférez-vous », seuls 53% des sympathisants UMP répondent Aubry contre 47% Le Pen.  En cas de « 21 avril à l’envers », on peut clairement douter de voir le score chiraquien de 2002 réédité par un candidat socialiste.

Ca n’est pas vraiment une surprise. Le plus inquiétant est qu’il s’agit largement d’un vote d’adhésion aux idées… les plus durs à retourner : 59% la choisissent « pour ses idées, ses propositions », contre 39% qui expriment plutôt un rejet des autres. Enfin, ça c’est avant la question suivante, qui dit exactement le contraire sans que ça ait l’air de choquer Harris : 61% affirment vouloir donner un avertissement aux autres, 38% « soutiennent ses idées ».

Autre signal fort : 86% veulent la voir au second tour, 55% la voir élue. C’est plutôt du solide.

Et maintenant ? Malgré ses qualités de candidat indiscutables, je crois profondément que Sarkozy est irrémédiablement grillé chez cette population, qui considèrent non sans raison qu’il s’est bien foutu de leur gueule, et qui ne cédera pas à un nouveau boniment. L’effet mécanique de chaque nouvelle surenchère de sa part sur le niveau de Marine Le Pen l’atteste. Or, ce qui devrait être un boulevard pour la gauche ne l’est pas, et il est grand temps de se demander pourquoi. J’y vois plusieurs raisons :

  • La gauche tombe comme toujours dans le piège des sujets dits de droite : face à l’outrance des propos sécuritaires et des discours sur les immigrés et les musulmans, elle donne trop souvent l’impression de nier jusqu’à l’existence de problèmes, face à des gens qui, à tort ou à raison, y croient. Si le problème n’existe pas, il ne suffit pas de le dire, il faut le démontrer. Car oui, la perception d’un problème est un problème, remember 2002.
  • La gauche ne fait pas suffisamment entendre ses propositions, permettant au discours sur leur inexistence martelé sans relâche par le grand choeur de l’UMP de porter.
  • Le PS donne le sentiment de ne se préoccuper que d’une primaire qui n’a pas commencé et dont on ne connaît pas les candidats, chacun focalisant le débat sur les seules personnalités putativement en lice, instrumentalisant les sondages tout en les contestant, quand l’opinion en général et cette opinion désemparée attend des réponses à ses questions, à ses peurs. C’est le problème de cette singulière élection, supposée consister à choisir une personne pour porter un programme fourni clés en main par ailleurs, alors qu’on sait tous très bien que le programme dépendra du candidat, au final. La primaire c’est bien, mais ça met la charrue avant les boeufs.

Bref, si on parlait un peu idées entre gens civilisés, au lieu de ne s’exprimer qu’en termes de seulcandidatassurédatteindreledeuxiemetour versus patassezdegauche ?

8 réponses à “Marine Le Pen in the ass

  1. Tout à fait d’accord, malheureusement, avec toi.
    Un seul oubli notable, tu passes volontairement sous silence ces trentenaires furieux de l’abandon du blond musclé comme icone au profit d’un chat crypto gauchisse et le report de leur haine sur la blondasse

  2. Ben alors tu va être d’accord avec ça :
    pour un des primaires élargies et un programme de gouvernement NOW et attention le complot s’élargit.

    • Mon avis c’est surtout que le candidat et le programme sont indissociables l’un de l’autre, et que ce n’est pas qu’une affaire de personnalités.

  3. Le programme… Le programme… Je leur aurais bouffé les couilles à mes « responsables » du PS et aux gens des MJS en 2007 qui tapaient sur Sarko sans avancer la moindre appropriation du programme (et je n’ose pas dire « quel programme ? »)
    A propos d’anthropophagie, puisque tu parles des nouveaux décomplexés du fascisme bon teint, tu veux un peu de saucisson avec ton verre de côtes du Rhône ? Faut pas le dire, mais le saucisson, je l’ai fait avec avec des morceaux de Christine Tasin l’autre soir.

    • Guillaume Pascanet

      C’est vrai que c’était beau comme mise à mort. Cette dame couine comme une truie, et c’est méchant pour les porcidés.

  4. J’ai toujours pensé que les électeurs de Bayrou étaient des abrutis.

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