Archives de Tag: Honte

Toi et toi contre le monde entier

Je ne sais même plus par quel bout prendre le problème, tant les derniers jours regorgent de grands moments du sarkozysme, qui comme le titrait Libé, semble prendre l’eau de toute part.

Photo AP/Michel Euler from lemonde.fr

Lire la suite

Hexagone Reloaded [màj]

Tous les ans, j’oublie. Et tous les ans ça me revient en pleine gueule comme un boomerang.

Tous les ans à la même date, je sors du bureau, je m’engouffre dans la station Charonne (amis stalkers, un indice de géolocalisation de moi je s’est glissé dans cette phrase), et je tombe sur un tas de gerbes. De gerbes de fleurs, ça change des gerbes tout court qui sont toujours un plaisir dans le métro (comme quand tu te fais baiser à chaque fois par les 4 places vides dans le métro plutôt plein, que tu y vas, et qu’il y a une grosse flaque immonde).

« Des gerbes de fleurs, mais pourquoi ? » demanderont en vrac les jeunes pas très attentifs en cours d’histoire, les jeunes victimes des refontes des programmes d’histoire, les jeunes qui n’auront plus d’histoire en terminale, Nadine Morano qui nous a magistralement informé aujourd’hui même que Clemenceau commentait encore l’actualité, les nostalgiques de l’Algérie française qui pensent sans doute que c’est bien fait et qu’il faudrait plutôt pisser sur la plaque, etc.

Lire la suite

Enough is enough

L’heure est grave : j’en suis obligé de citer Donna Summer & Barbra Streisand, c’est vous dire.

Je plaisante là, mais en vrai j’atteins un niveau de fureur qui vous terroriserait malgré mon mètre douze si vous étiez devant moi à cet instant.

– Oui, toi là, au deuxième rang ?

– Pourquoi t’es furieux monsieur Diego dis ?

– Très bonne question, je vais t’expliquer.

Je suis furieux, parce que la majorité (j’en frissonne) qui nous gouverne (j’en tremble), jugeant sans doute que le merveilleux débat fleurant bon l’ouverture d’esprit et sur le monde autour du formidable concept moisi d’identité nationale, vient de lancer une nouvelle initiative, consistant à monter en épingle un épiphénomène anxiogène, et là je vous le dit tout net, je tape ce post sur un clavier maculé de gerbe.

Introducing donc, le site internet de débat made in groupe Unité de Manipulation de la Populace à l’Assemblée Nationale : la-burqa-en-débat.fr (je mets pas le lien tellement c’est dégueulasse).

Oui je sais, vous aussi vous avez vomi, c’est  bon signe, vous êtes donc normaux.

Le principe : on prend une tête d’épingle enfouie dans une meule de foin de la taille du Mont-Blanc (bien blanc, le Mont, s’il vous plaît), et on en fait une question de survie nationale. En effet, on estime que 367 femmes portent la burqa en France (ne me demandez pas comment, mais bon, on l’estime).

Soit, je vous la fais à la grosse hein, 0.0104857% de la population féminine de ce pays. Et donc, pour un problème qui touche 0.0104857% de la population féminine de ce pays, quoi qu’on pense de la burqa qui n’est effectivement pas le meilleur symbole de ma conception de la femme, le groupe majoritaire à l’Assemblée Nationale crée un site Internet pour inviter les Français à débattre de cet épineux problème qui met en péril les fondamentaux de la Nation (et de son identité, bien entendu).

367 femmes en voile intégral, probablement relativement concentrées au sein de communautés spécifiques, ça fait quoi, 10 000 personnes qui y sont confrontées ? Et comme d’habitude, qui va contribuer au débat ? Le téléspectateur lambda de Jean-Pierre Pernaut, l’électeur qui vote Le Pen parce que « des fois y a des voitures étrangères au village dans le village » (authentique phrase entendue et gravée à vie dans mon cerveau, dans un reportage dans un bled de l’Ain à chômage et immigration zéro après le 21 avril), et des milliers de gens qui n’ont jamais vu et ne verront jamais une burqa de leur vie.

C’est, et ne rayez pas de mentions inutiles, il n’y en a pas : immonde, ignoble, gerbant, manipulateur, abject, de la propagande nauséabonde, un odieux secouage d’épouvantail virtuel, de la merde en branche, une honte en barre, dégueulasse, et comme on dit, « digne des pires heures de notre histoire ».

Jean-François Copé, dont j’aimerais à cet instant qu’il soit maire de Mole plutôt que maire de Meaux,  nous explique dans son édito que :

Phénomène récent qui semble s’amplifier, le port du voile intégral interroge nos valeurs ; au fond, quel sens voulons-nous donner à notre devise républicaine : liberté bien sûr mais aussi égalité et fraternité dans notre pays ? Comment concilier diversité et unité nationale ?

Plus loin, et deux lignes après avoir dit « je ne veux pas anticiper sur les conclusions de ces travaux », il ose la phrase suivante :

comment accepter de ne pas pouvoir identifier une personne qui va chercher son enfant à la crèche, se rend dans un hôpital, dans un aéroport, une préfecture ?

Vraiment, si dans ma vie un seul de mes vœux doit être un jour exaucé, c’est que le peuple de ce pays se réveille, comprenne à quel point vous usez de ficelles grossières pour le manipuler, avec quelle absence totale de scrupules vous vous aventurez dans les marécages de la pensée, et que ce peuple, le moment venu, vous le fasse payer cher. Et longtemps, aussi. Parce qu’après ça, vous ne méritez plus le moindre respect, c’est désormais certain.